lundi 1 avril 2013

Retour sur Devoxx France - BOF NoSSII

La semaine dernière, je me suis rendu au BOF NoSSII de Devoxx France 2013. Une no-conférence très intéressante où l'on ne parlait pas de langage, de framework ou d'outils. Réactions.

Les sociétés présentes, la notion de valeurs

Dans le panel d'animation du BOF, trois sociétés étaient représentées : Lateral Thoughts, Ninja Squad et Scopyleft.

Leurs dirigeants-employés-salariés-geeks ont pu nous présenter les raisons qui les ont amenés à se regrouper, ainsi que celles qui les ont poussé vers tel ou tel statut juridique.

Le point qui m'a le plus marqué est celui des valeurs. Chaque société s'est créée sur une définition des valeurs qui vont l'animer durant toute son existence. L'objectif principal de ces entreprises est de fédérer des développeurs vers un but commun, or ce but ne peut pas être la rentabilité financière puisque, soyons francs, à un moment où à un autre, une meilleure situation se présentera toujours (par exemple, Google vous débauche pour aller bosser à SF et vous propose un salaire à 6 chiffres).

Ce qui unit ces entreprises, ce sont leurs valeurs. Parce que c'est la seule chose qui maintiendra la cohésion d'une équipe quand les temps seront difficiles.

NoSSII = Not Only SSII

Une bonne partie des échanges (la première demi-heure) a beaucoup tourné autour de la définition d'une SSII. Plusieurs définitions s'opposent.

La SSII est une entité qui travaille par engagement de résultat (projets au forfaits) ou par engagement de moyens (projets en régie, prestations client). L'industrie du logiciel est similaire à toutes les autres, dans la mesure où l'on se demande toujours s'il faut faire (réaliser un soft en interne avec ses propres employés) ou faire-faire (externaliser le développement, faire appel à des prestataires). De ces deux points, on peut conclure que les indépendants sont tous des SSII mono-personnelles. Les trois sociétés présentes sont également des SSII, au même titre que les habituels Steria, Capgemini & co.

Mais ce n'est pas la seule définition valable.

Une SSII, c'est une société qui place des ressources sur des projets (forfait ou régie) et dont la ligne directrice est définie par un patron pour être ensuite relayée par toutes les hiérarchies du groupe. C'est ce que je retiens de mon expérience chez Steria, c'est également ce qui a été partagé par le public. Une SSII ne cherche pas à aller plus loin que le placement de collaborateurs. La prestation est la finalité.

Chez Lateral Thoughts, Ninja Squad et Scopyleft, en revanche, la prestation est un moyen. Un moyen pour arriver, par exemple, à créer un logiciel et à en vivre. Cette nouvelle finalité est décidée par l'ensemble des co-gérants, de façon collégiale. En ce sens, ces entreprises ne sont pas des SSII.

Alors en sont-elles ? N'en sont-elles pas ? En sont-elle un peu mais pas totalement ? C'est justement là que se trouve l'essence du terme NoSSII : oui, elles sont des SSII, mais pas complètement (Not Only).

Ok, mais est-ce que ça marche ? Et est-ce que ça scale ?

LT, NS et Scopyleft sont encore relativement jeunes (respectivement 1 an et demi, 1 an, 3 mois) mais le modèle a l'air pérenne. Elles sont de petite taille (entre 3 et 8 personnes) et donc on peut se demander si elles pourront croître sans perdre leurs valeurs.

EDIT : Comme le dit Scopyleft
sur twitter, la croissance n'est pas nécessairement l'objectif de toute société.

Il y a relativement peu d'exemples de sociétés participatives qui fonctionnent sur ce modèle et qui ont un grand nombre d'associés. Je n'ai pas noté le nom de celle qui était cité en exemple, mais il s'agissait d'une Scop de plusieurs centaines de salariés. D'après Wikipedia, la taille moyenne d'une Scop est de 21 salariés, ce qui laisse une belle marge de progression :-)

Une question de risque

Ce que je retiens surtout de cette conférence est lié au risque que tu prends.

Lorsque tu es salarié d'une SSII traditionnelle, le risque que tu prends est très faible car tu as un CDI, un salaire garanti, une mutuelle, tout ça sans te soucier de quoi que ce soit. Bref tu es au chaud. Le salaire en revanche peut être un peu décevant quand tu vois les prix pratiqués par la profession.

Si en revanche tu es indépendant, le risque est plus grand, car d'un mois à l'autre tu peux voir ta prestation ne pas être renouvelée. Ce risque est quand même limité à ta seule personne : si tu te plantes, tu te plantes seul et tu peux toujours revenir dans des SSII traditionnelles. Côté salaire, il est plus élevé.

Maintenant, si tu fais partie d'une société participative, les décisions que tu prends, en tant que co-gérant, vont impacter la vie de tes associés. Ce risque est donc aussi grand qu'en étant indépendant, mais avec un impact sur d'autres personnes. De qui donner des sueurs froides.

Une grande responsabilité

Lorsque tu es en SSII classique, la vie de ta société ne t'intéresse pas puisque tu n'as aucun moyen pour peser dans les décisions. Tu te laisses porter, on verra bien où ça te mène.

En tant qu'indépendant ou en société participative, tu *décides*, et ça c'est un grand changement. Tu es acteur dans la vie de ton entreprise, tu ne peux pas simplement te laisser porter, tu portes la responsabilité te tes décisions, tu es maître de ton outil de travail et tu choisis ce que tu veux en faire.

Ça peut faire peur, car cela demande du courage et de la force. S'engager dans une société participative en demande autant que lorsque tu veux passer indépendant. Être en NoSSII, c'est être indépendant, mais en équipe. Une belle leçon de courage qui donne à réfléchir.

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